Dans une enquête menée en 2022 par l'URPS Médecins libéraux Île-de-France auprès de médecins spécialistes libéraux, 84 % des répondants déclarent trouver du sens à leur travail, 78 % se sentir satisfaits à la fin de leur journée et 73 % épanouis par le travail accompli [1]. Malgré des difficultés grandissantes, exercer la médecine libérale reste donc pour la plupart des praticiens interrogés une activité profondément porteuse de sens.
Cependant, dans cette même enquête, les médecins évaluent leur qualité de vie au travail à seulement 6,3 sur 10 en moyenne, tandis que 66 % estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées. Plus que l’exercice en lui-même, ce sont donc les conditions dans lesquelles il est réalisé qui peuvent peser sur le bien-être professionnel.
Si toutes les contraintes liées à l'exercice libéral ne peuvent être supprimées, certains aspects du quotidien professionnel offrent néanmoins de véritables marges de manœuvre. Cet article vous propose 4 leviers concrets et facilement actionnables pour rendre votre quotidien plus fluide, confortable et satisfaisant, sans pour autant bouleverser votre façon de travailler.
Un logiciel qui nécessite plusieurs manipulations pour une tâche simple, des interruptions répétées, une information difficile à retrouver, un téléphone qui sonne en pleine consultation… Pris isolément, ces petits désagréments peuvent sembler anodins, mais répétés plusieurs dizaines de fois au cours d'une journée, ils finissent par peser sur le confort de travail.
À ces frictions de tous les jours s'ajoutent des contraintes plus structurelles. Dans la même enquête de l'URPS, 72 % des spécialistes répondants considèrent leur charge de travail comme une source de stress et 66 % citent la désertification médicale et l'allongement des délais de rendez-vous [1].
Toutes ces contraintes ne peuvent évidemment pas être supprimées. La première étape est donc d'identifier celles sur lesquelles vous pouvez agir.
Supprimer une petite contrainte qui se répète quotidiennement peut parfois avoir davantage d'effet sur votre confort de travail qu'une réorganisation complète du cabinet. Il est donc plus efficace et raisonnable de commencer par un ou deux irritants sur lesquels vous pouvez réellement agir.
Lorsque vous passez plusieurs heures par jour au même endroit, l'environnement dans lequel vous exercez compte. Lumière naturelle, température, bruit, ergonomie du poste informatique, mobilier ou possibilité de disposer d'un véritable espace pour faire une pause sont autant d'éléments très concrets qui participent à votre confort quotidien.
Un cabinet médical n'a pas besoin d'être un environnement purement fonctionnel et le personnaliser peut vous aider à améliorer votre bien-être, sans effort important d’aménagement : quelques plantes, des photographies, une décoration que vous appréciez ou des objets personnels peuvent suffire à créer une atmosphère plus chaleureuse.
Certains médecins vont même plus loin. Le Quotidien du Médecin a ainsi consacré un article à des généralistes qui ont choisi de consulter en présence de leur chien. Les témoignages recueillis évoquent notamment le bien-être que cette présence peut apporter au médecin et son effet apaisant auprès de certains patients anxieux. Cette pratique particulière suppose naturellement de prendre en compte les questions d'hygiène, de sécurité, d'acceptabilité par les patients et de réglementation. Mais elle illustre une idée plus large : votre environnement professionnel vous appartient et peut vous ressembler.
La question à vous poser est ici assez simple : comment rendre le lieu dans lequel je passe mes journées plus agréable ? Allez-y par étapes et évaluez les bienfaits de vos aménagements avant d’envisager de plus grands investissements.
La qualité de vie au travail dépend également des personnes qui nous entourent au quotidien. Sur ce point, les données de la DREES [3] montrent des différences intéressantes entre les modes d'exercice.
En 2019, 61 % des médecins généralistes libéraux déclaraient exercer en groupe : 32 % avec d'autres médecins généralistes et 29 % avec d’autres professions paramédicales. Les médecins exerçant seuls déclaraient travailler en moyenne 55,4 heures par semaine, contre 50,7 heures pour ceux exerçant en groupe monodisciplinaire et 53,1 heures en groupe pluriprofessionnel.
Mais les bénéfices de l’exercice groupé ne se mesurent pas uniquement en temps de travail. Être entouré au quotidien, c'est aussi pouvoir échanger rapidement sur une situation complexe, demander l'avis d'un confrère, partager certaines contraintes ou simplement retrouver des interactions entre pairs au cours de la journée.
Dans une Maison de Santé Pluriprofessionnelle (MSP), cette dynamique peut s'étendre aux autres professions de santé et faciliter les échanges autour des patients. Mutualisation du secrétariat ou de certains équipements, organisation des absences, partage de locaux et coordination des prises en charge peuvent également contribuer à alléger certaines contraintes individuelles.
Et il n'est pas nécessaire de partager les mêmes locaux pour retrouver cette dimension collective. Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), groupes de pairs, formations ou réseaux professionnels locaux permettent aussi de créer du lien.
Prendre un café avec un confrère, déjeuner ensemble ou pouvoir échanger quelques minutes après une consultation difficile n'est pas anecdotique : la convivialité fait aussi partie de la qualité de vie au travail.
Lorsque vous utilisez un logiciel médical plusieurs heures par jour, son ergonomie influence nécessairement votre expérience de travail. Quelques clics inutiles peuvent sembler négligeables. Répétés des dizaines de fois chaque jour, ils deviennent une source de friction supplémentaire.
La question du temps administratif est particulièrement intéressante. Dans l'enquête de l'URPS Médecins libéraux Île-de-France, 79 % des spécialistes considèrent la charge administrative comme la principale source de stress et 83 % comme leur principal motif d’insatisfaction [1].
Les bénéfices du numérique ne se limitent pas au gain de temps et à la productivité. Ils concernent également la satisfaction d’exercer son métier dans de bonnes conditions. Un environnement numérique fluide doit permettre de retrouver rapidement une information, de limiter les doubles saisies, d'enchaîner plus naturellement les différentes étapes de la consultation ou encore de réduire certaines tâches répétitives.
Les nouveaux outils d'intelligence artificielle peuvent également prendre en charge une partie de ce travail. L'assistant de consultation, par exemple, permet au médecin de réduire les actions réalisées pendant et après la consultation.
Mais attention, la technologie contribue réellement à la qualité de vie au travail lorsqu'elle sait se faire oublier : elle ne doit pas créer plus d’irritants qu’elle n’en supprime.
Améliorer sa qualité de vie au travail ne signifie pas nécessairement travailler moins ou transformer radicalement son cabinet. Il s'agit surtout d'identifier ce qui rend vos journées inutilement difficiles et, à l'inverse, ce qui vous permet de prendre davantage de plaisir à exercer.
Un environnement agréable, des confrères avec qui échanger, une organisation adaptée à votre pratique, des outils fluides et la possibilité de garder une certaine maîtrise sur votre façon de travailler peuvent faire une réelle différence au quotidien.
Tous ces paramètres peuvent évoluer au cours d'une carrière et il est donc essentiel de rester ouvert à des adaptations régulières. Questionnez votre organisation et votre routine dès que vous voyez un irritant apparaître ou une lassitude s’installer. Vous éviterez ainsi de les garder par habitude, sans prendre en compte les évolutions naturelles de vos envies, de vos besoins et du contexte dans lequel vous exercez.
Et lorsque la fatigue ou les difficultés deviennent plus importantes, il est essentiel de savoir reconnaître les signes cachant des problématiques plus profondes et de chercher des réponses adaptées :
[1] URPS médecins libéraux Île-de-France | Qualité de vie au travail des médecins spécialistes libéraux d’Île-de-France
[2] Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes Handicapées | La Qualité de Vie au Travail des professionnels de santé et du médico-social
[3] Drees | Des conditions de travail plus satisfaisantes pour les médecins généralistes exerçant en groupe